Arunachala, la montagne sacrée.

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lundi 23 juin 2008

Malade

Hé oui, depuis vendredi matin, cloué au lit entre 38,5 et 39°C de fièvre. Peut-être le corps en avait-il marre de ces horaires à la n'importe quoi...? Ou peut-être autre chose...? Ou peut-être rien.
J'ai battu mon record de sommeil : 24 heures sur 26 (et sans médicaments, s'il vous plait). Qui dit mieux ?

Plus sérieusement, c'était comment...?

jeudi 31 mai 2007

Ces derniers jours...


Me revoici à l'hôtel, après deux jours et demi de vacances à la mer, en compagnie de Nicolas. Dans la voiture, nous écoutions cette musique (jusque-là inconnue pour moi) sous la lune et les nuages, sur les petites routes du littoral entre Banyuls, Collioure et Canet .
Au menu du restaurant ce soir-là, des calamars à la romaine, super bons, suivis d'une promenade sur les rochers d'une petite crique, tout près des rouleaux noirs. Ces moments m'ont bien reposé, je crois. Nous sommes même allés au Casino de Canet hier soir, et ce fut l'occasion d'observer bien des choses... notamment le sérieux incroyable des gens qui gagnent : pas un sourire de satisfaction, mais une concentration folle, peut-être pour tenter de devenir invisibles, je n'ai pas su trouver l'explication.
Je me rappelais souvent le week-end dernier avec Gilles, deux jours très riches également, qui ont été sources de joie, de détente, de prises de conscience et de quelques "remontées" d'émotions désagréables qui parasitent beaucoup mes journées. Bon exercice pour se rappeler qu'ici et maintenant est la seule réalité, et ne pas se laisser emporter par les anticipations du mental et l'identification aux émotions.
J'avais écrit il y a quelques semaines sur le blog d'Alain un petit commentaire sur ce "ici et maintenant", qui n'implique en principe et en pratique aucune attente - le post d'Alain étant pour expliquer son retard et parfois son impossibilité à répondre à toutes nos demandes. J'y repense souvent ; en fait, dès que je l'ai écrit, je me suis dit : "wouaw, t'es très con, là". Mais bon, voilà, c'était moi, à ce moment-là, alors j'ai essayé d'être d'accord avec ça. Et finalement, ça m'a confirmé deux choses : à la fois la nécessité de cet effort de présence, et la nécessité d'une aide pour me libérer de tout ce qui m'empêche, me distrait et me détourne de ce qui est, là, tout de suite - la seule réalité.

mercredi 21 février 2007

Tching-tchong

Près de Tokyo vivait un grand samouraï, déjà âgé, qui se consacrait désormais à enseigner le bouddhisme Zen aux jeunes. Malgré son âge, on murmurait qu'il était encore capable d'affronter n'importe quel adversaire.
Un jour arriva un guerrier réputé pour son manque total de scrupules. Il était célèbre pour sa technique de provocation : il attendait que son adversaire fasse le premier mouvement et, doué d'une intelligence rare pour profiter des erreurs commises, il contre-attaquait avec la rapidité de l'éclair.
Ce jeune et impatient guerrier n'avait jamais perdu un combat. Comme il connaissait la réputation du samouraï, il était venu pour le vaincre et accroître sa gloire.
Tous les étudiants étaient opposés à cette idée, mais le vieux Maître accepta le défi.
Ils se réunirent tous sur une place de la ville et le jeune guerrier commença à insulter le vieux Maître. Il lui lança des pierres, lui cracha au visage, cria toutes les offenses connues - y compris à ses ancêtres. Pendant des heures, il fit tout pour le provoquer, mais le vieux resta impassible. A la tombée de la nuit, se sentant épuisé et humilié, l'impétueux guerrier se retira.
Dépités d'avoir vu le Maître accepter autant d'insultes et de provocations, les élèves questionnèrent le Maître :
" Comment avez-vous pu supporter une telle indignité ? Pourquoi ne vous êtes-vous pas servi de votre épée, même sachant que vous alliez perdre le combat, au lieu d'exhiber votre lâcheté devant nous tous ?
- Si quelqu'un vous tend un cadeau et que vous ne l'acceptez pas, à qui appartient le cadeau ? demanda la samouraï.
- A celui qui a essayé de le donner, répondit un des disciples.
- Cela vaut aussi pour l'envie, la rage et les insultes, dit le Maître. Lorsqu'elles ne sont pas acceptées, elles appartiennent toujours à celui qui les porte dans son coeur. "

mardi 20 février 2007

Paramahansa Yogananda & Mâ Ananda Mayî

Ananda Moyi Ma, debout dans une auto découverte, bénissait une centaine de disciples. De toute évidence, elle était sur le point de partir. M. Wright stoppa la voiture à une certaine distance et nous nous frayâmes un chemin à travers la foule. Dès que le regard de la sainte tomba sur nous, elle descendit de l'auto et se dirigea dans notre direction.
- Vous êtes venu, mon Père !
A ces mots, elle jeta ses bras autour de mon cou et posa sa tête sur mon épaule. M. Whright, à qui je venais tout juste de dire que je ne connaissais pas la sainte, ouvrit des grands yeux à la vue de ces démonstrations d'amitié inattendues. Les regards d'une centaine de chelas fixaient également non sans surprise notre groupe affectueux.
Je vis aussitôt que la sainte se trouvait dans un état supérieur de samadhi . Entièrement inconsciente de son enveloppe extérieure de femme, elle ne se connaissait qu'en tant qu'âme ; c'est sur ce plan qu'elle saluait joyeusement un autre fidèle de Dieu. Elle me conduisit par la main dans sa voiture.
-Ananda Moyi Ma, protestai-je, je vous retarde dans votre voyage !
-Mon Père, je vous rencontre pour la première fois dans cette vie, après des siècles de séparation, répondit-elle. Ne partez pas encore, je vous en prie.
Tous deux nous prîmes place sur le siège arrière. La Mère bienheureuse se figea bientôt dans l'immobilité de l'extase profonde, ses beaux yeux levés vers le ciel, mi-clos dans la contemplation de l'Eden intérieur. Les disciples chantaient doucement : "Victoire à la Mère divine !"
Je m'étais trouvé en présence de beaucoup d'hommes de réalisation divine, dans l'Inde, mais jamais d'une aussi grande sainte. Son visage trahissait cette extase qui lui valu le titre de Mère bienheureuse. Elle ne portait pas de voile et de longues tresses noires tombaient abondamment sur ses épaules. Une touche de rouge, à la pâte de bois de santal, figurait sur le front l’œil spirituel, toujours ouvert en elle. Le visage et les pieds émaciés contrastaient avec sa grandeur spirituelle.
Tandis que Ananda Moyi Ma demeurait en extase, j'interrogeais une chela :
- La Mère bienheureuse parcourt l'Inde tout entière ; elle a partout des disciples, me renseignait la chela. Ses efforts audacieux ont réalisé nombre de réformes sociales. Bien que Brahmane, la sainte ne reconnaît pas les castes. Plusieurs d'entre nous l'accompagnent toujours dans ses pérégrinations pour veiller sur elle, car elle ne fait pas attention à son corps. Si nous ne lui donnons pas à manger, elle ne demande rien, ou ne touche pas aux aliments. Pour éviter qu'elle ne meure, nous devons la nourrir de nos propres mains. Pendant des jours, elle reste immergée dans l'extase divine, respirant à peine et les yeux figés. Son mari est l'un de ses principaux disciples. Voici des années, peu après leur mariage, il a fait voeu de silence.
La chela me désigna un bel homme de forte carrure, aux longs cheveux, à la barbe grise. Il se tenait dans la foule, dans une attitude d'adoration.
Rafraîchie pas son immersion dans l'Absolu, Ananda Moyi Ma revient à la conscience du monde extérieur.
- Mon Père, dites-moi où vous vivez.
La voix était claire, mélodieuse.
- Actuellement, à Calcutta ou Ranchi, mais bientôt je rentrerai en Amérique.
- En Amérique ?
- Mais oui. Une sainte hindoue y serait un puissant réconfort pour les chercheurs. Voulez-vous m'y suivre ?
- Si vous voulez m'y amener, j'irai !
A cette réplique, les disciples s'entre-regardèrent avec appréhension.
- Une vingtaine d'entre nous accompagnent toujours la Mère bienheureuse, m'annonça résolument l'un d'eux. Nous ne pouvons vivre sans elle et la suivrons partout.
A regret, j'abandonnais mon projet, impraticable par suite d'élargissement inattendu.
- Venez au moins à Ranchi, avec vos disciples, fis-je en prenant congé de la sainte. Vous-même enfant divin, vous vous plairez au milieu des jeunes élèves de Ranchi.
- Je serai heureuse d'aller partout où mon Père voudra m'amener.
Quelques temps après, le Vidyâlaya de Ranchi était en fête pour accueillir la sainte. Les élèves se préparaient joyeusement pour la solennité : pas de cours, de la musique et des réjouissances en perspective !
- Victoire, Ananda Moyi Ma, ki jai ! chantait le choeur enthousiaste des jeunes élèves de Ranchi pour saluer la sainte, sitôt qu'elle eut franchi la grille de la propriété.
Une pluie de soucis, le son des conques et des cymbales, le battement des tambours (mridangas) accueillirent la Mère bienheureuse, qui traversa en souriant le Vidyâlaya ensoleillé.
- Que c'est beau ici !
Ananda Moyi Ma souriait gracieusement tandis que je la conduisais au principal bâtiment. Avec un sourire ingénu, elle prit place à mes côtés, à la fois proche et infiniment éloignée de tous ceux qui l'entouraient, perdue dans son refuge solitaire de l'Omniprésence.
- Racontez-moi votre vie, je vous en prie.
- Mon Père connaît tout, à quoi bon le répéter.
Évidemment, elle se disait que l'histoire infime d'une seule incarnation terrestre était sans importance. Je ris et répétais doucement ma question.
- Il y a si peu à dire, mon Père.
Elle agita la main dans un geste de dérision.
- Ma conscience ne s'est jamais identifiée avec cette enveloppe charnelle temporaire. Avant d'être exilée sur cette terre, "j'étais la même". Petite fille, "j'étais la même". Devenue femme, j'étais encore la même. Lorsque la famille dans laquelle je naquis prit des dispositions pour que ce corps soit marié, "j'étais la même". Et lorsque, affolé de désir, mon époux vint à moi en murmurant des mots passionnés, qu'il me toucha légèrement, il reçut une secousse violente, comme celle d'un éclair, et moi "j'étais la même", à jamais.
Mon époux s'agenouilla devant moi, étendit les bras dans un geste suppliant, implorant mon pardon.
- Ma Mère, dit-il, pour avoir profané votre corps par des pensées de désir sans connaître qu'il était non pas celui de ma femme, mais celui de la Mère Divine, je fais un vœu solennel : je serai votre disciple, un adepte célibataire, vous servant toujours en silence, sans adresser un mot à quiconque aussi longtemps que je vivrai. Puissé-je ainsi expier le péché commis envers vous, mon guru !
Au moment où j'acceptais paisiblement la proposition de mon époux, "j'étais la même". Maintenant, en face de vous, je suis encore la même. Plus tard, lorsque la danse de la création tourbillonnera autour de moi dans les champs de l'éternité, "je serai la même".
Ananda Moyi Ma s'absorba dans le profond silence de la méditation, se figea dans une immobilité de statue. Son âme avait fui dans son éternel Royaume. Le sombre miroir de ses yeux parut vitreux et sans vie : symptômes indiquant généralement que le saint a détourné son regard intérieur du corps physique, qui n'est plus désormais qu'argile inanimée. Ensemble, nous restâmes une heure dans la transe extatique. Elle revint à la conscience du monde avec un petit rire joyeux.
- S'il vous plait, Ananda Moyi Ma, lui dis-je, suivez-moi dans le jardin. M. Whright veut prendre des photos.
- Certainement, mon Père. Votre désir est le mien.
Ses beaux yeux conservaient leur rayonnement divin, tandis qu'elle posait."

(Extrait de Autobiographie d'un yogi, par Paramahansa Yogananda)